Mathieu Janin 2.0

Palézieux Blues à l’école

Vendredi 26 Janvier 2018

Un cadre de l’établissement scolaire d’Oron-Palézieux s’est fait licencier par la DGEO suite à une plainte de parents d’élèves. Cette décision ne fait pourtant pas l’unanimité. D’autres parents de la même classe réclament sa réhabilitation. Notre éclairage sur une situation difficile qui alimente la chronique médiatique vaudoise depuis la mi-janvier.


Début de la médiatisation de l’affaire
Mercredi 17 janvier, le quotidien « Le Matin » annonce le licenciement pour justes motifs et avec effet immédiat d’une enseignante de l’école enfantine de l’établissement scolaire d’Oron-Palézieux. Son employeur, la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) n’a pas pris l’affaire à la légère. Dans ses colonnes, son directeur général explique que « Elle n’a pas respecté ses obligations professionnelles. La loi scolaire stipule clairement « que les maîtres s’abstiennent de tout acte de violence physique ou verbale ». Jeudi 18 janvier le quotidien « 24Heures » renchérit et précise que « l’enseignante en fin de carrière a été sanctionnée pour une humiliation extrême infligée à un bambin de classe enfantine, devant ses camarades. Pas de coups portés mais une atteinte psychologique telle que ce très jeune enfant, entendu au cours de la brève investigation menée par la DGEO, a pleuré à chaudes larmes en évoquant les faits décrits par d’autres camarades avec une précision telle que le doute n’a pas été permis. Un acte jugé inacceptable et nécessitant une sanction définitive.

Des parents d’élèves et un corps enseignant aux avis divergents
Ce même mercredi, une maman d’élève de la classe concernée contacte la rédaction du Courrier pour y publier une lettre ouverte intitulée « Je veux garder ma maîtresse » et co-signée par trois parents également concernés. Ces parents n’acceptent pas la décision prise par la DGEO et demandent par voie de pétition une réévaluation de la situation par l’employeur de la maîtresse licenciée et son rétablissement dans sa classe. Cette action parentale est venue en réaction de celle d’autres parents qui ont dénoncé les actes reprochés à la maîtresse directement auprès de la DGEO.

Pas une enseignante lambda
L’enseignante en question n’est pas n’importe qui. Elle jouit d’une grande expérience, puisqu’elle enseignait depuis 38 ans dans le même établissement scolaire, sans avoir reçu jusqu’alors aucun avertissement. Elle est également considérée par la municipalité d’Oron comme une experte en planification des transports scolaire puisqu’elle était en charge de cette tâche aussi prenante que difficile depuis des années. Les différents témoignages recueillis nous permettent d’écrire que, parmi les premières personnes présentes à l’école le matin, l’enseignante était également l’une des dernières à quitter l’école le soir, ayant dédié toute sa vie et sa carrière à l’enseignement public. Bien connue de plusieurs générations de paléziens et paléziennes, elle fait preuve, selon les témoignages recueillis, d’une grande disponibilité et est considérée, du moins auprès des parents qui la soutiennent comme « une maitresse en or, une maîtresse parfaite, qui se rappelait de vous et prenait de vos nouvelles des années après que vous aviez quitté l’école ». D’où le malaise ambiant et perceptible depuis l’annonce de cette nouvelle qui polarise les avis recueillis en deux blocs diamétralement opposés.

Malaise général
Dans ce contexte lourd, il est bien difficile de recueillir des informations précises sur ce qui s’est réellement passé pour qu’une enseignante de ce calibre soit licenciée avec effet immédiat. Comment comprendre ce qu’est une « lourde humiliation » sans pouvoir mentionner une explication concrète des faits reprochés ? Chacun se retranche derrière le secret. Le directeur de l’établissement concerné est actuellement en arrêt maladie, le parent qui a demandé l’intervention de la DGEO ne peut fournir d’explication, tout comme l’enseignante licenciée qui « se réserve le droit à terme de donner son point-de-vue mais désire actuellement garder le silence », selon la pétitionnaire interrogée. Nous avons donc mené l’enquête et recoupé plusieurs témoignages pour comprendre ce qui s’est passé. Cela étant fait, il nous est impossible d’affirmer aujourd’hui avec certitude si cette humiliation a été volontairement ou non, consciemment ou non causée par l’enseignante en question, tant les avis recueillis divergent. Les seuls témoins présents étant des enfants âgés de 4 à 6 ans et ce qu’ils ont rapportés, ou pas, à leurs parents respectifs.


L’école, la caisse de résonnance des changements sociétaux en cours
Outre le drame humain vécu par les différents protagonistes concernés, cette situation reflète les attentes différentes d’une société en profonde mutation. Habituée depuis la nuit des temps à vivre dans un environnement campagnard, les habitants de souche sont rejoints par des hordes de nouveaux habitants provenant de régions urbaines et désireux de vivre à la campagne avec des attentes parfois irréalistes en matière de services public. On veut désormais bénéficier de la même qualité de service à la ville qu’à la campagne, sans pour autant accepter que la plus faible densité de population ne permet pas d’obtenir à la campagne ce à quoi on était habitué à la ville. Certains habitants veulent le beurre et l’argent du beurre. Et cela peut agacer les habitants de souche, habitués à des conditions de vie moins luxueuses. L’application de la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) nécessite de nombreuses dépenses supplémentaires pour développer de nouveaux lieux d’accueils parascolaires et des transports scolaires adéquats. Mais ces surcoûts ne peuvent se financer sans moyens supplémentaires, bien souvent générés par des augmentations d’impôts, ce qui fait grincer les dents d’une population qui ne s’attendait pas à voir ses dépenses augmenter. Dans ce contexte, l’école est une caisse de résonnance alimentée par les réseaux sociaux exprimant les avis divergents en ligne, et non plus au bistrot du village, comme c’était le cas précédemment. Tous les avis s’affichent désormais publiquement et peuvent être lus des années après puisqu’il n’existe pas de prescription dans le cyberespace. Cela peut faire mal mais on ne peut rien faire contre l’évolution des mœurs et de la société. Le développement personnel prend désormais le pas sur la solidarité. Chacun désire maximiser son plaisir personnel et celui de ses enfants, parfois au détriment de l’autre. En cas de tension avec un professeur, certains parents oublient de contacter directement l’enseignant en question pour tenter de régler le cas en face à face et s’adressent directement au sommet de la hiérarchie scolaire cantonale. Est-ce la bonne manière de faire ? On peut en douter. L’école est un secteur très émotionnel qui met en scène des adultes et des enfants. La protection de l’enfance face à des adultes surpuissants est l’une des matières les plus complexes à gérer. Ce sera l’un des défis les plus importants à relever ces prochaines années par les communes de notre région. Pour y parvenir, les autorités et les parents d’élèves devront apprendre à collaborer en tirant tous ensemble à la même corde. La place n’est plus à la confrontation mais à la collaboration. Mais il faudra pour y parvenir que chaque protagoniste comprenne cet état de fait pour que cela puisse fonctionner. Aucune place désormais pour un maillon faible ou récalcitrant. Il en va de notre responsabilité commune.

Encadré : Qu’est-ce-que l’humiliation scolaire ?

Encadré : Qu’est-ce-que l’humiliation scolaire ?

L’encylopédie en ligne Wikipedia nous apprend que l'humiliation scolaire est un phénomène avec une dimension de domination qui produit un sentiment d'injustice et de rabaissement chez les élèves. Ce sentiment peut provenir soit des pratiques de l'enseignant, soit d'un encadrement juridique insuffisant des droits des élèves. L’humiliation peut être définie comme le rabaissement d'une personne. Elle reflète une volonté consciente ou non chez l'enseignant, de « diminuer » un élève ou un groupe d’élèves.
Ces humiliations résultent la plupart du temps du non-respect de la vie privée de l’élève, ou autrement dit de l'amalgame entre ses compétences scolaires et ses qualités personnelles. En particulier, la stigmatisation publique des erreurs est couramment citée.
Le sentiment d'humiliation de l’élève ne signifie pas forcément que l'enseignant a l'intention d'humilier, car souvent ces situations arrivent à cause de malentendus référentiels et de méconnaissance juridique.
Ce sentiment n'est pas proportionnel à la fréquence d'occurrence de l'événement et peut aboutir pour l'élève à une dépréciation de soi, significativement préjudiciable pour ses performances scolaires et résultant éventuellement en un désengagement scolaire afin de protéger ses conceptions de soi de réussite.
L'humiliation scolaire est un phénomène massif, mais peu étudié et méconnu. Ce sentiment d'humiliation est ressenti assez fréquemment par les élèves, et est globalement reconnu par les enseignants eux-mêmes.

(Source : Wikipedia
Mathieu Janin

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